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Accueil/Fanfics/Fuite vers les Etoiles (1)
Informations :
Auteur : lyly
: 19/12/2005
Note : 7
Nombre de votes : 2


Histoire :
La nuit était tombée depuis déjà deux bonnes heures sur la petite ville de Greytown, dans le Montana. Peuplée d'à peine 150 habitants, Greytown était calme. Très calme. Trop calme.
Gabrielle jeta un coup d'oeil sur sa droite, puis sur sa gauche, en continuant à se balancer sur sa chaise. Elle se tenait ainsi depuis le matin, devant la maison qu'elle habitait en compagnie d'un gentil couple de retraités américains. Car la jeune fille n'était pas américaine. Non. En tout cas elle n'en avait pas le souvenir. D'ailleurs les quelques mots d'anglais qu'elle connaissait tendaient à le prouver. Ses hôtes, ainsi que la plupart des gens du coin, l'appelaient la "Frenchie"... Elle était donc française. En tout cas, c'était l'unique langue qu'elle parvenait à parler couramment. Mais ici elle était aux USA, et par conséquent la barrière linguistique s'imposait à elle tous les jours depuis son arrivée.
Elle n'avait pas choisi de partir de son pays. D'ailleurs elle ne savait même plus depuis quand elle était partie. Un mois. Peut-être six. Peu importait. Elle vivait ici illégalement. A cause du Fléau.
Greytown comptait pas moins de 600 habitants il y avait encore neuf mois. Mais le Fléau s'était abattu comme la lame d'une guillotine s'abat sur le cou d'un condamné, et la plupart des citoyens de la ville étaient mort, ou avait fui.
Gabrielle y avait trouvé un refuge. Enfin pas elle exactement. Ses parents... C'était du moins ce que ses vagues souvenirs lui soufflaient certaines nuits de cauchemard. Et elle avait une soeur aussi... Tous morts, emportés par le Fléau. Elle seule y avait échappé. Grâce à eux.
Le Fléau. Nul ne savait vraiment ce que s'était. On pouvait le voir. On pouvait le ressentir. On pouvait en mourir. Mais on ne pouvait pas le combattre.
C'était du moins les dires officiels du gouvernement provisoire mondial. Le GPM... Il aurait été dérisoire de conserver les gouvernements de chacun des anciens pays. Quand la population d'une planète passait en quelques mois de plus de 6 milliards d'habitants à un chiffre dérisoire d'un million et demi d'âmes, il fallait se montrer solidaire.
"Tu parles d'une blague", marmonna la jeune fille en étouffant un rire nerveux.
Le Fléau. Elle en avait souffert comme tous les autres. Non pas en perdant seulement des proches. Non. Il l'avait infecté, elle aussi. Mais elle l'avait battu. Et elle avait gagné. Et ses parents, pour la protéger, l'avait obligé à s'expatrier. Alors qu'elle aurait pu sauvé tant de vies en dévoilant ce secret.

Car nul n'était au courant dans Greytown qu'elle était une rescapée. Nul ne savait non plus sur les territoires déserts de l'ancienne Amérique, de la regrettée Europe, de la mourante Asie et de l'isolée Australie qu'il existait une solution au Fléau. Tous ignoraient au SGC que Gabrielle existait.

Base de Cheyenne Mountain.

"Siler !!! Nom de D*** ! Que fait ce truc en plein milieu du couloir !!!"
La lumière revint enfin et Jack O'Neill se releva péniblement de sa chute. Une caisse pleine de babioles extraterrestres gisait à moins d'un mètre du militaire, son contenu éparpillé sur le sol en béton.
Le tête du sergent émergea soudain de l'une des portes du couloir. Ses traits étaient tirés, ses cheveux ébourriffés et son regard vide fixait son supérieur d'un air absent.
"Désolé mon général...
- Je vous ai dit de ranger tout ce bazarre à l'étage de la Porte, est-ce si difficile ?!
- Désolé mon général...
- Et arrêtez d'être tout le temps désolé. C'est agaçant à la fin !
- Désolé mon général...
- Siler...
- Déso...
- Ouais bon ça va j'ai compris. Allez donc vous reposez dans vos quartiers ! J'ai l'impression de parler à un zombie ! Allez allez..."
Le sergent n'eut même pas la force (ni l'idée !) de le remercier et disparut dans le couloir sans un mot pour O'Neill. Celui-ci ramassa à la va-vite les objets tombés de la caisse, les rangea (c'est un grand mot !) dedans, poussa le tout contre le mur, puis rejoignit la salle de briefing où l'attendaient une demi-douzaine de techniciens. Le colonel Samantha Carter était également présente, ravissante dans son uniforme militaire. Mais O'Neill remarqua surtout son visage fatigué et la lassitude qui hantait ses traits.
Après avoir renvoyé les techniciens, Jack s'approcha d'elle et la prit dans ses bras. A la fois surprise et soulagée, elle goûta durant quelques instants ce furtif moment de calme et de complicité, puis elle s'écarta de de lui.
" Mon général...
- Jack. Pitié faites-moi plaisir, appelez-moi par mon prénom Sam !
- Vous me vouvoyez toujours je vous signale.
- Ah bon ? Tiens c'est vrai. Sale habitude.
- Mon général, reprit Samantha malgré la grimace d'agacement d'O'Neill, je n'arrive toujours pas à trouver Daniel.
- Lui au moins vous l'appeler par son prénom !
- S'il vous plaît...
- Oui, je sais, cela va faire plus de trois semaines maintenant. Mais s'il lui était arrivé quelque chose, l'un de ses petits camarades nous aurait averti.
- Sauf s'ils sont tous morts.
- Sam..., commença O'Neill sur un ton de reproche.
- Oui je sais. Il faut rester "optimiste"."
Elle avait poinctué ce dernier mot avec un sourire qui aurait pu paraître comique si les circonstances avaient été différentes. Depuis plusieurs mois (depuis son retour à la base en fait), O'Neill n'avait plus eu que ce mot à la bouche : "optimisme".
" Ne vous inquiétez pas Carter. J'ai envoyé Teal'c sur place pour vérifier que tout se passe bien. Il est immunisé, lui au moins.
- Je croyais que vous ne vous inquiétiez pas pour lui ?
- Cela fait quand même trois semaines..."
Cette dernière phrase finit par arracher un vrai sourire à Samantha.
" Ah vous voyez quand vous voulez ! s'écria Jack avec malice.
- Comment faites-vous pour garder le moral face à cette atrocité ?
- Qui vous dis que je l'ai ?
- Je croyais que... Vous avez l'air si...
- Oui, oui. Il faut bien que quelqu'un s'y colle. Sinon cette saloperie finirait par gagner. Et puis vous êtes suffisamment sérieuse pour nous deux, Sam."
Ils gardèrent tous deux le silence, ne sachant quoi ajouter.
"Siler va nous lâcher, finit par dire O'Neill. La mort de sa famille l'a anéanti.
- Il n'est pas le seul dans ce cas.
- Je crois qu'il vaut qu'il aille retrouver ce qui lui reste de proches, plutôt que de rester ici.
- C'est une mauvaise idée, mon général. C'est son travail qui le fait tenir. Rien d'autre. Il vit encore parce qu'il a l'espoir de trouver une solution contre ça. Nous tenons tous ici grâce à ça."
O'Neill la regarda avec surprise, puis finit par hocher la tête.
" Oui, tous sans exception."
Puis il fit brusquement volte-face et s'enferma dans son bureau, tandis que Samantha retournait dans son laboratoire, qui était devenu depuis le commencement du Fléau sa résidence principale.
L'un des téléphones sur le bureau d'O'Neill se mit à sonner au moment même où celui-ci s'assayait, abattu. Il décrocha vivement le combiné.
" Allô Teal'c ?!
- Oui, O'Neill. J'ai retrouvé le docteur Daniel Jackson. Il va bien.
- Ah la meilleure nouvelle de la semaine !
- De ces trois dernières semaines même.
- Oh ! Vous faites de l'humour maintenant ? Cela ne vous va pas du tout Teal'c. Ou alors dites-le avec un peu plus d'entrain !
- O'Neill...
- Oui ?!
- Daniel Jackson a trouvé le livre.
- Ils ne l'ont pas brûlé finalement ?
- Non.
- Parfait. Rentrez tout de suite dans ce cas. Inutile de vous éternisez en France."
La ligne fut coupé dès qu'O'Neill eut achevé sa phrase. Il appuya de tout son poids son dos contre le dossier de son fauteuil, leva les yeux au ciel et siffla entre ses dents :
"Sacré Daniel ! Je me demande bien ce qu'il espère trouver dans les prédictions de Nostradamus..."

Bibliothèque municipale de Toulouse, France.

Daniel Jackson feuilletait avec intérêt et précaution l'énorme ouvrage relié de cuir qu'il avait posé sur la table face à lui. Les pages était en vieux parchemin épais et une odeur familière de poussière et de vieilles reliques s'en dégageait à chaque page tournée. Les écritures étaient assez grossières bien que parfaitement lisible, et quelques ornements égayaient certains passages du livre.
"Les prophéties de Nostradamus, murmura-t-il pour lui-même avec respect.
- Qui était ce Nostradamus ?"
Teal'c se tenait assis face à lui, droit, les sourcils froncés, l'air plus que jamais extrêmement sérieux et grave.
" Il s'agit d'un homme de science français qui a vécu voici cinq siècles environs. Ses spécialités étaient la médecine, l'astronomie et l'astrologie entre autres. C'était un homme de talent, de renommé international pour son époque.
- Vous pensez trouver un remède au Fléau dans son ouvrage ? Mais même un homme brillant comme lui ayant vécu il y a plusieurs siècles ne pourra vous être d'aucun secours, Daniel Jackson. Sa médecine n'est pas suffisamment évoluée.
- Cet ouvrage ne traite pas de médecine. Outre que Nostradamus ait été un grand médecin, il est surtout connu pour avoir écrit durant une trentaine d'années "les immortelles centuries", un ouvrage uniquement dédié à des prophéties qu'il aurait prédit, et qui s'étendraient jusqu'au troisième millénaire au moins de notre calendrier.
- J'ai entendu parler de personnes sachant lire l'avenir. La plupart des habitants de la Tori les appelle des "charlatans".
- Oui, je vous l'accorde, l'astrologie est une science très nébuleuse... Il n'empêche que beaucoup de prédictions de Nostradamus se sont vues réalisées ! Sur un millier de quatrains écrits par cet homme, près de 800 relatent des évènements d'une extraordinaire coïncidence avec notre Histoire."
Le jaffa garda le silence, ce qui n'était pas rare chez lui, mais continua à fixer l'archéologue intensément.
" Vous avez l'intention de me regarder longtemps comme ça, Teal'c ? finit par demander Daniel, exaspéré.
- O'Neill a dit de rentrer le plus tôt possible.
- Je voudrais simplement un peu l'étudier ici, au calme.
- Il me semble que par "le plus tôt possible", O'Neill entendait tout de suite.
- Allons, une petite heure ne gachera rien...
- Ce ne serait pas prudent, Daniel Jackson. Les habitants de cette ville sont certes peu nombreux, mais ils restent dangereux. Il est déjà heureux que nous n'en ayons rencontré aucun jusqu'à présent, et bien plus qu'ils n'aient pas mis la main sur cet ouvrage.
- Oui, je sais. Tout le combustible disponible est envoyé vers la base dans l'éventualité d'une attaque par la Porte des Etoiles, ou pire par l'espace. C'est incroyable la rapidité avec laquelle l'Homme est capable de régresser quand il s'agit pour lui de subvenir à ses besoins vitaux.
- C'est l'hiver, Daniel Jackson. Ces gens ont froid.
- Brûler des livres pour se chauffer, maugréa Daniel en refermant le livre et en l'enveloppant dans un linge pour le préserver de toute attaque extérieure."
Teal'c ne répondit pas et se leva, immité par Daniel. Les militaires chargés de les escorter se regroupèrent aussitôt et envoyèrent un éclaireur vérifié le chemin jusqu'à leur véhicule.
"Sergent Grinwall, toute cette mise en scène est-elle vraiment nécessaire ?"
Le militaire apostrophé, un jeune homme d'au moins dix ans de moins, toisa l'archéologue d'un air réprobateur.
" Vous voulez rire ? finit-il par lâcher. Toutes les personnes qui sont restées vivre ici, environ une cinquantaine, sont pris d'une véritable folie meurtrière dès qu'ils font face à des étrangers. Tout leur manque, et après ce qu'ils ont vécu ces neuf derniers mois et l'hiver qui s'annonce rigoureux, ils sont prêts à tout pour survivre ! On dirait presque des animaux sauvages !
- N'exagérez pas tout de même.
- Vous êtes certainement très doué dans votre domaine, docteur Jackson, mais sur le terrain, en présence d'un danger potentiel, c'est moi le plus compétent !"
Daniel jeta un coup d'oeil à Teal'c, qui fronça une fois de plus les sourcils et se contenta de fixer un point droit devant lui. Il ravala donc le fou rire qui le gagnait et imita Teal'c, sans pouvoir laisser échapper un sourire moqueur. Le sergent Grinwall était jeune, mais qui plus est, totalement inexpérimenté. Il ne comptait à son actif qu'à peine sept mois dans l'Air Force, et n'avait jamais rien connu d'autre en tant que militaire que des missions sur Terre. Son grade de sergent tenait au fait qu'après l'hécatombe due au Fléau, il avait fallu nommer de nouveaux responsables à la tête de l'armée. L'archéologue trouvait donc risible de s'entendre ainsi rabaisser, après avoir sauvé un nombre incalculable de fois la Terre, et connu des situations bien plus périlleuses que celle-ci.
" RAS. Vous pouvez avancer, sergent.
- Bien reçu. Nous serons là d'ici dix minutes."
Essayant tant bien que mal de conserver son sérieux, Daniel emboita donc le pas au sergent et à Teal'c, avec entre ses bras, il l'espérait du moins, la solution à tous leurs problèmes.

Base de Cheyenne Mountain, deux jours plus tard.

Jack lança la boulette de papier en direction de la corbeille... autour de laquelle déjà une vingtaine de ses semblables se trouvaient. La boulette toucha le bord en plastique, vacilla et rejoignit finalement le reste de ses congénaires sur le sol gris.
" Noooon !!!"
La porte s'ouvrit à cet instant précis. Daniel regarda Jack avec curiosité, mêlée d'inquiétude. A première vue tout semblait aller. Le général était à son bureau, le visage calme... affalé dans son fauteuil, les pieds sur le bureau.
"Je vous ai entendu crier. Quelque chose ne va pas ?
- Je n'arrive pas à viser cette saleté de corbeille !"
Daniel jeta un coup d'oeil aux boulettes de papier et eut un sourire.
"Je ne vous dérange pas au moins ?
- Si, vous me dérangez ! Je croule sous la paperasse de la bureaucratie. Même réduit au strict minimum, ces incapables politiciens parviennent à m'envoyer chaque jour une tonne de papiers à remplir.
- Et d'où viennent ces feuilles là ? demanda Daniel en désignant les boulettes.
- Des formulaires de politiciens, bein sûr ! Je n'y réponds jamais.
- Pas étonnant que vous en receviez autant chaque jour alors. Mais je pensais que vous aviez fini par vous y habituer après votre bref séjour au Pentagone...
- Etes-vous venu pour me parler des joies du courier administratif ou avez-vous quelques chose de plus précis en tête, Daniel ?"
L'archéologue s'assit en face de Jack, qui prit tout de même la peine de retirer ses pieds du bureau.
" Avez-vous lu mon rapport préliminaire sur le livre que Teal'c et moi avons rapporté de France, Jack ?
- Ah parce que vous l'avez déjà écrit ?!
- C'est juste un rapport préliminaire.
- Hum...
- J'en déduit que non.
- Faites m'en un résumé. Un résumé de résumé, Daniel !
- D'après mes premières conclusions, et les rapports que m'avaient envoyé l'un de mes confrères français, il y aurait bien un passage dans les Centuries de Nostradamus faisant référence au Fléau que la Terre a subi."
O'Neill garda le silence. Il avait pris une nouvelle feuille de papier et s'évertuait d'en faire une boule parfaitement ronde. Au bout d'une minute de silence, il releva la tête.
"Oui, et alors ?
- Ces textes sont obscures. Il se pourrait bien que d'autres références existent sur ce phénomène, mais pour cela il faudrait étudier le livre à fond. Cela pourrait prendre plusieurs semaines.
- Nous n'en sommes plus à une semaine près. Le Fléau semble s'être calmé, par ailleurs. Vous n'avez rien de plus précis ?
- Le texte fait référence à "une".
- Une... une quoi ? Une arme, une solution, une mort, une destruction, une annihilation...
- Simplement "une".
- Et quoi d'autre ? Je vous connais, Daniel. Il y a toujours autre chose.
- J'aurais besoin de l'aide de mon confrère français qui m'a envoyé les rapports qui m'ont mis sur cette piste.
- Envoyez-vous des mails.
- J'ai besoin qu'il soit là physiquement, Jack.
- Parfait. Accordé. J'imagine que vous m'avez mis son dossier dans votre rapport ?
- Oui.
- Je l'appelle tout de suite."
Daniel se leva, et se dirigea vers la porte. Mais au moment où il sortait du bureau, Jack le rappela, toujours occupé avec sa boulette de papier. Mais il l'avait dépliée, et la fixait, un petit sourire sur les lèvres.
" Votre confrère... Le docteur André Lefebvre, n'est-ce pas ?
- Oui, c'est ça. Vous connaissez ?
- Non, mais finalement j'aurais besoin d'une autre copie de votre rapport, Daniel.
- Pourquoi ? Il y a un problème avec la première ?
- Plutôt oui. Elle est éparpillée autour de ma poubelle."

Greytown, Montana.

"Frenchie, tu devrais rentrer maintenant. Déjà que tu passes ta journée assise là, mais la nuit en plus ! Tu vas attrapper la mort, c'est sûr !"
La jeune fille regarda le vieil homme d'un air interrogateur, front plissé.
"Pfff... J'oublie toujours que tu causes pas américain."
Il disparut par la porte d'entrée quelques minutes, puis revint les bras chargés d'une épaisse couverture orange criard.
"Merci, monsieur Hanlow, articula la jeune fille avec un fort accent français."
Il hocha la tête, puis s'installa à côté d'elle, sur une autre chaise qui traînait là, tandis qu'elle couvrait ses jambes et une partie de son buste avec la couverture. Le vieil Hanlow était un homme de race blanche, bedonant, à la calvitie relativement bien avancé pour ses 65 ans. En cette soirée fraîche d'hiver (le thermostat était à peine au dessus de 5°C), le ciel était extrêmement clair. Il n'y avait presque aucun nuage. Les étoiles brillaient comme des diamants posés sur un tapis de velours bleu nuit.
" Quand j'pense que cette saloperie est venue de là-haut..."
Il avait perdu ses enfants et six de ses petits enfants à cause du Fléau. Gabrielle le savait, il était parvenu à le lui expliquer. D'ailleurs les deux derniers petits enfants qu'il lui restait vivaient chez eux. Le plus jeune, Zacharie, était vieux d'à peine sept mois. Un miracle pour le vieux couple Hanlow qu'il ait survécu. Pour Gabrielle, le fait que la vie du petit se soit poursuivie n'avait rien de miraculeux : il était né après que le Fléau ait commencé à sévir. Comme tous les enfants né après l'arrivée du Fléau, il y avait échappé. Mais cela, peu de gens l'avait remarqué. D'ailleurs, qu'est ce que cela aurait changé à la situation ? Par ailleurs, les enfants étaient si peu nombreux qu'il était très difficile d'observer ce phénomène. Mais Gabrielle le savait, tout comme elle savait que le Fléau ne la tuerait pas lorsqu'elle avait lutté contre lui.
" Ah la la, p'tite Frenchie, heureusement que t'es là, sinon le Tommy nous en ferait voir de belles !"
Tommy était le second petit-fils des Hanlow. Âgé de 8 ans, lui non plus n'avait pas souffert du Fléau. Mais dans ce cas, tout comme pour le cas de Monsieur Hanlow sénior et des un million et demi d'autres rescapés, Gabrielle n'avait aucune idée de la raison pour laquelle ils avaient été épargnés. Tout ce qu'elle savait, qu'elle ressentait, c'était que la raison de leurs survies était différente de la sienne. Cela avait à voir avec ce qu'elle était... avec son sang et sa chair.
" Tommy m'a encore arraché des légumes dans le jardin. Déjà qu'ils sont point fameux, alors s'il se met à jouer les terreurs ! Dis, tu m'écoutes Frenchie ?!"
Elle regarda le vieillard et lui adressa un sourire, un de ce dont vous savez qu'ils sont sincères, pensés. Un vrai sourire. Le vieillard avait remarqué que Gabrielle souriait souvent, et que tous ces sourires étaient comme celui qu'elle venait de lui offrir. Une fille honnête, incapable de faire du mal sciemment... Mais elle lui faisait peur aussi. Dans ses yeux bleus-gris se cachait quelque chose de dur, de terrible. Et cette chose se cachait derrière l'âme de la jeune fille. Le vieil Hanlow n'était même pas certain qu'elle le savait, qu'elle avait conscience de cette chose terrible qui se cachait en elle.
" T'es bizarre comme fille, Frenchie, mais Tommy t'aime bien. Zach aussi. Alors ça me suffit."
Telle était la philosophie du vieillard : on ne pouvait mentir à un enfant. A un jeune enfant. C'était impossible. Il se doutait bien qu'elle lui cachait quelque chose, mais il n'était pas parvenu à définir ce que cela pouvait être. Il s'en méfiait bien, mais il avait renoncé à chercher. La jeune fille en avait été soulagée. Car s'il avait appris qu'elle avait été infectée par le Fléau mais qu'elle s'en était sortie, elle était certaine d'être traquée impitoyablement par le gouvernement. Il ne pouvait en être autrement et il n'en était pas question pour elle. Elle savait, tout comme elle savait tant d'autres choses sans jamais les avoir apprises, que si le gouvernement mettait la main sur elle, une chose horrible, bien plus que le Fléau encore, se produirait. Ses parents l'avaient compris alors que la mort s'emparait d'eux, ils lui avait fait juré de rester cachée. Et elle leur avait promis.

Base de Cheyenne Mountain, laboratoire principale (résidence principale de Samantha Carter).

Samantha se frotta les yeux, épuisée, au bord de la crise de nerf. L'échantillon qu'elle avait placé sous la lentille du microscope ne lui avait toujours rien révélé. Cela faisait bien le millième qu'elle examinait ainsi, depuis neuf mois. Et elle ne trouvait rien.
" Sam, vous êtes épuisée. Allez donc vous reposer.
- C'est gentil, Carolyn, mais je dois encore approfondir mes recherches. Même si le Fléau semble s'être calmé, on peut craindre une reprise à tout moment. On doit pouvoir sauver le peu qu'il reste d'entre nous. Il le faut."
Le docteur Lam se contenta d'acquiesser, et tandis à Samantha une tasse de café fumant.
" Vous n'y avez pas mis de somnifère, j'espère ?
- Allons Sam, vous me connaissez...
- Justement. Pour le bien de vos patients, vous seriez prête à les soigner contre leur gré. Tout comme l'aurait fait Janet.
- Je vous jure que je n'ai rien mis dans votre café."
Samantha renifla le contenu de sa tasse malgré tout avant de boire. Le liquide était brûlant, mais cela lui fit du bien.
" J'admire votre persévérence Sam, mais après neuf mois, vous n'avez toujours rien trouvé. Personne n'a rien trouvé, d'ailleurs. Même pas les Asgards !"
Samantha garda le silence, fixant l'écran sur lequel on pouvait voir l'image de l'échantillon agrandi par le microscope. Rien. Ce tissu sembla parfaitement sain. Pourtant il provenait d'une des victimes du Fléau.
" Les malades ne portent aucune marque apparente de maladie, hormi cette petite tâche brune sur la nuque. Ils n'ont aucun symptôme annociateur d'infection quelle qu'elle soit. Ils sont pris d'un seul coup d'une forte fièvre après une perte de connaissance de quelques minutes. S'ensuit des spasmes violents, comme lors d'une crise d'épilepsie, puis un coma profond de plusieurs heures et enfin un arrêt de toutes activités cérébrales et des fonctions vitales."
Le docteur Lam avait énuméré les effets du Fléau d'une voix monotone, vide de toute émotion. Les premiers jours du Fléau, la panique s'était répandue comme une trainée de poudre sur l'ensemble des continents. Les hopitaux, les médecins, les pharmacies et même les cliniques vétérinaires et les hospices avaient été pris d'assaut. Certains médecins légistes avaient même dû appeler les autorités suite à l'assaut de morgues à New York. Des centaines de milliers de personnes étaient morts les trois premiers jours.
Et puis les gens avaient fini par s'habituer à tous ces morts. Ils n'avaient pas eu d'autre choix que d'accepter cette mort, redoutant à chaque instant qu'elle ne touche un proche, ou eux-mêmes. Et la peine et le chagrin avaient fini par faire place à un sentiment plus fort, plus primaire : l'instinct de survie.
" Qu'est-ce qui peut bien provoquer la mort ? demanda Sam à haute voix, sachant qu'elle n'aurait aucune réponse à sa question. Quelle genre de virus peut bien causer un trépas si rapide sans lancer de trace dans l'organisme ?
- Avez-vous pensé à une autre éventualité, Sam ?
- ...
- Et s'il ne s'agissait pas d'un virus ? Ni d'une maladie ?"
Samantha regarda la femme qui lui faisait face avec suspicion, partagée entre son instinct qui lui soufflait qu'elle avait raison, et son esprit scientifique qui lui hurlait que cette thèse, et ce qu'elle pouvait entraîner, était totalement absurde.
" C'est impossible scientifiquement parlant.
- Voyons Sam, vous savez tout comme moi que la science humaine est limitée. Vous n'avez jamais su expliquer comment les Nox parvenaient à ramener à la vie l'un des leur, ni comment ils parvenaient à maîtriser l'invisibilité.
- Si votre hypothèse est exact...(Sam soupira, secoua la tête un sourire ironique sur les lèvres) Êtes-vous consciente que cela signifie que nous n'avons aucun moyen de nous défendre ? Si les Oriis sont capables de nous faire mourir simplement par la pensée... Enfin Carolyn, c'est totalement dingue !
- Peut-être, mais c'est l'unique explication à tout ceci. Vous l'avez dit vous-même Sam : neuf mois de recherche et vous n'avez rien trouvé. Biologiquement, toutes les victimes étaient saines !
- Votre hypothèse ne tient pas... Comment expliquer que vous, moi, Daniel, Jack et tous les autres soient encore vivants ?
- Il faut croire qu'il y a quelque chose en notre esprit qu'ils ne sont pas parvenus à infiltrer, et donc qu'ils n'ont pas pu nous tuer."
Samantha jeta un dernier regard à Carolyn, se leva en continuant à sourire ironiquement et à secouer la tête.
"J'ai besoin de repos, et vous aussi Carolyn. Mais si ça vous amuse de croire à cette histoire, allez donc rejoindre Daniel. Lui aussi a des idées complètement démentes ces temps-ci. Après l'attaque psychologique des Oriis, voici les prophéties de Nostradamus !"
Elle éclata de rire, un rire presque dément, très douloureux. Puis elle éclata en sanglot, se cachant les yeux dans une de ses mains.
" Oui, vous avez besoin de repos, admit le docteur Lam en prenant Samantha par les épaules et en la faisant sortir du laboratoire."

Base de Cheyenne Mountain, salle de briefing.

O'Neill entra dans la salle, suivi de Samantha, le docteur Lam, Cameron Mitchell et du général Landry. Daniel Jackson était arrivé depuis une vingtaine de minutes déjà, et s'activait autour de l'écran géant accroché au mur face à la table de réunion. Teal'c était également présent, et se leva de son siège pour saluer leur arrivée, comme à son habitude. Chacun s'installa à sa place, et commença à feuilleter le dossier distribué par l'archéologue.
"Jack, si vous pouviez éviter de vous en servir pour améliorer votre score au tir de boulettes, je vous en serais reconnaissant.
- Allons Daniel, ne soyez pas si rancunier. Je me suis déjà excusé ! Il s'agit d'une regretable confusion !
- Si seulement vous preniez la peine de lire votre courier...
- J'aurais la tête plus grosse qu'une pastèque à la fin de la journée. Un peu de pitié... J'ai déjà suffisamment à faire en ce moment, il me semble."
Daniel se contenta de pincer les lèvres et commença à pianoter sur l'ordinateur portable qui ne le quittait plus depuis son retour de France.
" Pouvons-nous commencer, Daniel ?
- Il manque quelqu'un."
Jack jeta un coup d'oeil autour de lui, puis rétorqua avec un sourire moqueur :
" Oui, en effet. Votre siège est vide, Daniel.
- Nous attendons le professeur André Lefebvre. Il ne devrait plus tarder maintenant.
- Est-ce indispensable ?"
Daniel leva les yeux de son ordinateur, surpris.
" Vous avez un problème avec lui ?
- Pas avec lui personnellement. C'est son accent qui me pose problème.
- Tiens, c'est amusant. Il m'a dit la même chose à votre propos."
Daniel replongea immédiatement le nez sur son clavier tandis qu'O'Neill jetait un regard à Carter, complètement ahuri.
"Je n'ai pas d'accent, Sam. N'est-ce pas ?
- Pas que je m'en souvienne. Enfin, comme cela fait plusieurs années que nous nous cotoyons, mon général, il est normal que nos oreilles se soient adaptées à un éventuel...
- Je n'ai pas d'accent !
- Faites comme si je n'avais rien dit."
Samantha esquissa un sourire d'excuse, mi-amusée, mi-gênée, lorsque le professeur Lefebvre fit son entrée. C'était un homme d'une cinquantaine d'années, d'origine visiblement africaine, et à la musculature plutôt imposante. Ses tempes grisonnaient et des lunettes aux montures d'écailles étaient posées sur son nez écrasé, souvenir d'une mauvaise fin de soirée dans un bar.
" Je ne suis pas trop en retard ? s'enquit-il après avoir salué l'ensemble des personnes présentes d'un hochement de tête."
Il n'attendit pas la réponse et posa sur la table de réunion l'énorme volume et la pile de papiers qu'il portait.
" Bien, après treize jours de lecture, commença Daniel, nous avons réussi à dégager deux passages dans les Centuries de Nostradamus, faisant référence au sujet qui nous intéresse.
- Deux passages seulement ? s'étonna le lieutenant-colonel Mitchell.
- Rappelez-vous que cet ouvrage couvre, d'après la plupart des estimations, pas moins de trois millénaires.
- Et donc ? demanda O'Neill.
- Et bien voici les deux passages en question. Jugez par vous même."
Daniel pianota à nouveau sur le clavier de son ordinateur et le scan d'une page jaunie apparu soudain à l'écran de la salle de briefing.
" Lisez le second quatrain de cette page, précisa le professeur Lefebvre. Le reste ne nous intéresse pas."

Une de ma terre géométrique naquit,
Et dans la ville grise vivra sans cri,
Mais la fuite vers le cheval sera une nécessité,
Car la bêtise de l'ancienne humanité sera restée.

O'Neill siffla entre ses dents, tandis que Teal'c plissait le front, contrarié.
" Et voici le second quatrain. Le premier de la page."

Les lumières noires obscurcissant le soleil blanc,
Diffuseront la pâle vérité tant redoutée,
Et une fin connue d'Une, l'enfant de l'humanité,
Des étoiles du cheval l'abomination l'ignorant.

Daniel se retourna vers les militaires, le visage radieux.
"Alors ? Qu'en dites-vous ?"
O'Neill jeta un coup d'oeil au reste de ses compagnons d'armes, puis revint sur Daniel. En cet instant, il donnait l'impression de quelqu'un qui venait d'offrir un cadeau merveilleux et totalement inattendu à un enfant, attendant de voir sur leurs visages apparaître la joie et la compréhension de ce qu'il leur faisait partager. Mais pour O'Neill, hormi le fait que le texte soit très inattendu, il ne voyait pas de quoi fouetter un chat.
" Et vous avez réussi à en déduire qu'il s'agissait de ce que nous cherchions ?!"
Le général Landry regarda l'archéologue d'un air à la fois couroucé et amusé. L'expression radieuse de Daniel disparut aussitôt.
" Bien que la rédaction des Centuries restent assez obscures, décida d'intervenir le professeur Lefebvre, nos confrères et moi-même avons réussi à déterminer une certaine chronologie dans la succession de ces vers. C'est pour cela que nous sommes persuadés que ces quatrains nous concernent directement.
- Ecoutez moi, professeur. Loin de moi l'idée de remettre vos recherches en question, mais enfin... Je ne vois ici qu'un charabia sans queue ni tête !
- De toutes façons, vous aviez déjà parti pris avant même de revenir dans cette base, n'est-ce pas ?"
Daniel avait définitivement perdu son air radieux et foudroyait du regard le général. Celui-ci supporta son regard sans ciller.
" Soyons sérieux ! Un vieux fou ayant vécu au 16ème siècle ne peut pas avoir eu des visions de notre avenir ! C'est totalement ridicule ! Des contes de bonnes femmes, voilà ce que c'est !
- Ce que le général Landry veut dire, poursuivit Mitchell pour essayer de calmer le jeu, c'est que le Pentagone réclame des preuves concrètes ! Ils veulent du solide.
- Mais nous n'avons rien ! vociféra Daniel dont le visage s'empourprait. A part des milliards de cadavres sans aucun signe de contamination quelconque, une menace extraterrestre aux pouvoirs sans précédent et les prédictions d'un médecin du 16ème siècle, nous n'avons rien ! Mais ce rien là est déjà quelque chose comparé à l'esprit trop étroit de vos politiciens et chefs militaires aux mains vides !"
Landry voulut se lever sous l'insulte, pour répondre à l'archéologue, mais O'Neill coupa court à la discussion en assenant un violent coup de poing sur la table. Samantha et Teal'c étaient pétrifiés, totalement stupéfaits.
" La situation est plus que tendue et d'une gravité extrême, nous le savons tous, dit O'Neill en fixant Landry dans les yeux. Daniel essaie, comme tant d'autres, de trouver une solution pour faire face à ce drame. Je suis bien conscient que tout ceci peut sembler totalement dérisoire, et qu'au Pentagone on s'attendrait à ce que le SGC trouve la solution miracle comme il l'a toujours fait, mais c'est encore loin d'être le cas. Nous y travaillons, c'est tout ce que nous pouvons faire pour le moment. Alors dites-leur de patienter encore un peu. Mais dites-leur aussi de bien être conscient d'une chose : le SGC n'aura jamais le pouvoir d'effacer ces neuf mois d'horreur."

Base de Cheyenne Mountain, bureau du docteur Daniel Jackson.

" Je ne comprends vraiment pas pouquoi il a réagi ainsi ! s'écria Daniel en donnant un violent coup de pied dans une caisse pleine d'artefacts extraterrestres qui se trouvait près de son bureau."
La douleur irradia tout son pied et le fit grimacer. Il se laissa tomber sur le siège de son bureau, furieux et en même temps abattu.
" Le général Landry n'a rien contre vous, docteur Jackson, s'empressa de dire Mitchell d'un ton réconfortant. Il est simplement extrêmement tendu ces temps-ci. Cela n'a rien de personnel.
- Il refuse d'écouter. Il ne veut rien entendre. Je me doute bien que la situation au Pentagone ne doit pas être de tout repos, mais s'il refuse d'entendre ce que j'ai à lui dire, autant que mes recherches cessent tout de suite !"
Mitchell ne répondit pas, imité par Teal'c et Samantha qui réfléchissaient de leur côté à leur précédente réunion.
" Vous savez Daniel, finit par intervenir Samantha, votre théorie est très... disons surprenante. Et aucun élément concret ne vient l'étayer...
- Merci pour votre soutien, Sam. D'un autre côté, d'un point de vue concret, la science n'a pas beaucoup de choses à m'envier non plus..."
Samantha ne répondit pas à la pique envoyée par l'archéologue. En réalité, bien que tout cela lui paraisse complètement fou, l'idée lancée quelques jours plus tôt par le docteur Lam avait fait son chemin dans son esprit. Elle n'en avait parlé à personne. La réaction du général Landry la confortait dans sa décision de ne pas comuniquer ses suppositions au Pentagone. Mais elle pouvait en parler à l'équipe SG1 et à O'Neill.
" Ce que je vais vous dire doit rester entre nous, murmura-t-elle soudain en fixant tout particulièrement Mitchell. Rien ne doit filtrer vers le Pentagone...
- Vous avez ma parole, colonel Carter.
- J'ai eu une discussion un peu... euh... disons étrange avec le docteur Lam il y a quelques temps. Au sujet de mes recherches sur les échantillons de tissus prélevés sur les victimes du Fléau.
- Une discussion étrange ? répéta Daniel, intrigué, tandis que Teal'c fronçait l'un de ses sourcils.
- Elle a émis l'hypothèse que nous ne trouverions pas trace de maladie parce que le Fléau pouvait fort bien ne pas être un virus, ou une bactérie.
- De quoi pourrait-il s'agir dans ce cas ? s'enquit Mitchell.
- D'une sorte de... de... de pouvoir thélépathique... enfin quelque chose d'approchant..."
Pour le coup, Teal'c ouvrit de grands yeux étonnés, Daniel se passa la main dans les cheveux, et le visage de Mitchell prit une expression contrariée.
" Vous êtes sérieuse ?
- Oui, je sais que ça peut sembler complètement dingue... Mais ce ne serait pas la première fois qu'on aurait à faire face à un phénomène nous dépassant entièrement.
- Enfin, colonel Carter... Comment auraient-ils... et quand bien même cela serait possible, vous n'avez aucune preuve...
- Tout comme Daniel n'a aucune preuve du bien fondé des prédictions de Nostradamus. Mais il est persuadé de la véracité de ces écrits, tout comme je suis persuadée que ma théorie pourrait être vraie."
Mitchell contemplait le bout de ses rangers, l'air fatigué.
" Je veux bien vous croire, mais comprenez ceci : lorsqu'il y a six mois le Président a donné une totale autonomie au SGC et au général O'Neill, pour vous permettre de trouver une solution à cette horeur, il s'attendait à quelque chose de concret. Pas à des spéculations de ce genre, quand bien même elles auraient été émises par vous. Mon affectation et celle du général Landry au Pentagone par la suite, pour vous assurer une totale couverture vis à vis du reste de l'armée, ont porté leurs fruits jusqu'ici. Mais maintenant que le GPM est sur le point d'être constitué officiellement, nos pouvoirs vont s'en trouver diminué. D'autant..."
Mitchell hésita, puis finit par lâcher :
"D'autant qu'on a proposé à Landry une place au sein du GPM.
- Je ne vois pas où est le problème, remarqua Teal'c. Au contraire, placé au sein du GPM, le général aurait plus de pouvoir.
- Non. S'il accepte, il n'aurait plus en charge les affaires militaires, mais politiques. Il n'aurait donc plus suffisamment d'influence sur le Pentagone pour orienter favorablement les opinions sur le SGC. C'est pour cela qu'il est si nerveux en ce moment. Son dilem est cornélien !
- Il a peur qu'à court terme, et avec le genre d'éléments que nous avons découvert, le GPM retire l'autonomie du SGC et décide de prendre les choses en main, c'est ça ?
- En gros, oui."
Un long silence suivit sa réponse, lourd de menaces.
" En tout cas, un des éléments de la vision de Nostradamus était exact.
- De quoi parlez-vous, Daniel Jackson ?
- La bêtise de l'humanité a bien survécu au Fléau."

Base de Cheyenne Mountain, bureau du docteur Daniel Jackson.

Le général Landry et le lieutenant-colonel Mitchell avaient quitté la base depuis une heure seulement, lorsque le professeur Lefebvre avait rejoint Daniel Jackson pour reprendre leurs travaux sur les Centuries de Nostradamus. Teal'c s'était proposé de les aider, mais il restait silencieux, fixant sans bouger, assis sur son tabouret, le tableau où Daniel avait inscrit les deux quatrains de l'ouvrage.

Une de ma terre géométrique naquit,
Et dans la ville grise vivra sans cri,
Mais la fuite vers le cheval sera une nécessité,
Car la bêtise de l'ancienne humanité sera restée.

Les lumières noires obscurcissant le soleil blanc,
Diffuseront la pâle vérité tant redoutée,
Et une fin connue d'Une, l'enfant de l'humanité,
Des étoiles du cheval l'abomination l'ignorant.

" Hormi le quatrième vers que j'approuve totalement, je ne vois vraiment pas ce que veulent signifier les autres !"
André Lefebvre leva les yeux vers son collègue et un immense sourire éclaira son visage, étrange croissant de lune d'un blanc de nacre au milieu de son visage couleur d'ébène.
"Vous êtes doué pour les langues, mais visiblement les énigmes ne sont pas votre fort, docteur Jackson.
- Daniel Jackson est le plus brillant archéologue qu'il m'ait été donné de rencontrer, remarqua Teal'c.
- Ah ! Parce qu'étant donné vos origines, vous en connaissez beaucoup ?!"
Le ton du professeur était ironique, et fit sourire Daniel. Teal'c se contenta se répondre, très sérieusement :
" Oui, quelques uns. Quatre pour être précis."
Ce à quoi André Lefèbvre répondit par un rire tonitruant.
" Exc... excusez-moi..., hoqueta-t-il en retirant ses lunettes pour sécher les larmes qui perlaient aux coins de ses yeux. C'est... nerveux...
- Y'a pas de mal."
Le silence revint dans le bureau, troublé par instant par les hoquets du Français.
" Le premier vers... A coup sûr "Une" est originaire de France."
Daniel regarda Lefebvre avec surprise.
" Cela semble logique, non ? insista le professeur. Ma terre géométrique... On dit souvent de la France qu'elle a la forme d'un polygone à cinq côtés... Un pentagone en somme.
- Peut-être parle-t-il d'une autre planète, remarqua Teal'c à nouveau. Il parle de terre, c'est une notion plutôt vague...
- C'est peu probable, car il parle de ma terre, comme si lui aussi en était originaire. Or Nostradamus était français."
Daniel relut une dizaine de fois le vers, son esprit bouillonant d'hypothèses à la recherche d'une autre signification.
" Soit, admettons que... que Une soit originaire de la France. Le second vers indique le lieu où l'on pourrait la trouver. Encore faudrait-il savoir ce qu'il faut trouver...
- Sans doute une arme, répondit Teal'c sans hésiter.
- Peut-être. Quoi qu'il en soit, le plus difficile avant de savoir quoi chercher, c'est où le chercher. Une ville grise, je ne vois pas du tout à quoi Nostradamus fait allusion. Autant la déduction du premier vers me semblait couler de source, autant pour celui-ci..."
Le Français fixa à son tour le tableau où étaient inscrits les quatrains, perplexe.
" Les troisième vers indique une fuite vers la galaxie de Pégase."
Daniel et le professeur Lefebvre se tournèrent vers Teal'c comme un seul homme, abasourdis par sa déduction.
" Je vous demande pardon, Teal'c ?
- Le cheval ne peut désigner que la galaxie de Pégase, répéta Teal'c calmement, sans l'ombre d'un doute. Il n'y a aucune autre explication.
- Une fuite vers Atlantis, répéta le professeur Lefebvre. Oui, c'est bien vu...
- Mais le quatrième vers indiquerait la raison de cette fuite, et cela ne me plaît guère, marmonna Daniel, plus pour lui-même que pour ses deux camarades. Cela sonne comme une menace...
- D'après ce que vous m'en avez dit, Daniel Jackson, ce Nostradamus était un homme sage. Peut-être a-t-il voulu nous mettre en garde ?
- Mais pourquoi alors avoir crypté de cette manière l'ensemble de ses écrits ? Cela aurait été plus simple de tout écrire clairement et dans le détail.
- Peut-être s'est-il rendu compte à quel point il pouvait être dangereux de dévoiler le futur... En réalité, son comportement rappelle beaucoup celui des anciens et...
- MAIS C'EST BIEN SÛR !!! s'écria Daniel en se levant de son bureau d'un bond."
Teal'c le regarda comme s'il était devenu subitement fou.
" Comment expliquer ces écrits bizarres et surtout les soit disantes prédictions de Nostradamus, si ce n'est par le fait qu'il ait été un ancien ?
- Vous plaisantez ?!! s'exclama Lefebvre en observant Daniel de la même façon que Teal'c. Et cette idée brillante vous est venue comme ça... comme une illumination ?!!
- Réfélchissez cinq minutes !!! C'est tout à fait plausible ! Nous savons que les Anciens maîtrisaient cette technologie avant leur ascenssion. Nous savons aussi quelles règles très rigoureuses et strictes l'encadraient. Et surtout, nous savons que certains anciens ont désobéi à ces règles. Il est tout à fait concevable que...
- C'est l'hypothèse la plus invraissemblable que j'ai entendu. Elle pourrait tenir debout mais ce n'est pas notre préoccupation, cher collègue.
- Si nous arrivions à prouver cette théorie, le Pentagone serait forcé de nous écouter et...
- Mais autant ils nous impossible de prouver les dires du colonel Carter quant à une attaque thélépatique de le part des Oriis, autant cette idée n'en ai pas moins invérifiable, Daniel Jackson."
Daniel regarda Teal'c et le professeur Lefèbvre, une moue boudeuse peinte sur le visage.
" Je sais... Encore une chose qu'on ne peut vérifier. Pourtant je mettrais ma main à couper que c'est la vérité.
- Malheureusement, Daniel Jackson, ce n'est pas la vérité que nous devons cherché, objecta Teal'c. Nous recherchons une solution au Fléau."
Un soupir de lassitude échappa à l'archéologue. Il en avait assez de tout ça, cela se sentait. Mais il devait continuer. Même si cela le décourageait, le dégoûtait, le faisait haïr beaucoup de choses, il lui fallait poursuivre ses recherches, parce que plus que tout il voulait comprendre.
" Fort bien. Trouvons une solution contre ces lumières noires et cette pâle vérité qui ont causé tant de morts."
Car là-dessus au moins les deux hommes et le jaffa étaient d'accord. Les lumières noires étaient les Oriis, la pâle vérité le Fléau. Les deux plus grands ennemis de l'humanité sans aucun doute. Bien plus puissants que les Goa'ulds. Bien plus redoutables que les réplicateurs. Bien plus immondes que les Wraiths.
Sans le savoir, ils menaient le dernier combat pour la survie de l'humanité.

Greytown, Montana, résidence des Hanlow.

Le petit garçon monta les marche du perron lentement, sans faire de bruit.
" Quelle chance ! pensa-t-il en regardant autour de lui. Frenchie n'est pas sur sa chaise aujourd'hui !"
En effet, le perron était vide. Le petit garçon s'arrêta quelques minutes, fixant la chaise vide sur laquelle la jeune fille avait l'habitude de passer sa journée. Il l'aimait bien, même s'il la trouvait bizarre. Elle lui racontait ses rêves chaque soir, assise là, sur le perron, se balançant sur sa chaise, les jambes couvertes d'une épaisse couverture orange, lui assis par terre, un gros blouson sur le dos et une écharpe autour du nez.
En plus, elle était plutôt jolie... Enfin c'était du moins l'avis du gamin. Son unique ami, un enfant qui habitait à l'autre bout de la ville (Greytown comptait en tout et pour tout 5 enfants), s'était moqué de lui quand il le lui avait dit.
" Elle est grasse comme une poule dodue de la ferme Grant ! avait ri son ami."
Depuis ils ne se parlaient plus. Cela faisait trois jours déjà. Il ne trouvait pas, lui, que Frenchie était grasse. Comme disait sa grand-mère, elle était "joliment potelée". Ses formes étaient donc certes un peu rondes, mais elle était loin d'être grosse. "1m75 pour 74 kg", était ce que Frenchie lui avait répondu lorsqu'il lui avait rapporté l'incident avec son copain."Ton ami a le droit de ne pas me trouver mince. C'est la vérité toute nue." Cela avait fait rire le petit garçon, d'autant qu'elle avait dû répété la phrase une bonne dizaine de fois avant d'arriver à se faire comprendre. Mais il n'en démordait pas : malgré ses rondeurs, elle avait une superbe chevelure châtain clair, qui l'été se colorait de reflets roux et dorés. Mais ce que Tommy, le petit fils des Hanlow, préférait, c'était ses yeux gris-bleu.
"C'est la couleur de la mer quand elle est en colère, avait-il raconté au bébé Zacharie, son petit frère."
En plus, son accent l'amusait beaucoup, mais il était sûr que la jeune fille en jouait aussi beaucoup quand elle lui parlait.
Mais aujourd'hui, elle n'était pas sur sa chaise. A huit ans, on ne cherche pas à s'occuper des affaires des adultes, aussi Tommy ne la chercha pas. Il avait bien mieux à faire. En effet, il tenait dissimuler sous sa grosse veste en polaire une cassette vidéo qu'il était parvenu à chiper dans la réserve de la bibliothèque. En tant normal, les enfants de son âge n'avait pas le droit de visionner ces vidéos, réservées aux adultes. L'un des enfants de l'école qu'il fréquentait avant la mort de ses parents lui avait confié un jour qu'il était certain qu'il s'agissait là de films cochons. Tommy en avait en effet beaucoup entendu parler à son école, et sa curiosité avait été piqué à vif. Qu'était-ce donc que ces films cochons, que seuls les adultes avaient le droit de regarder ?
Alors il avait profité du fait que la bibliothécaire, Mrs Reynolds, ait le dos tourné pour s'introduire dans la réserve et volé une de ces curiosités. Trop pressé pour savoir ce qu'il prenait, il n'avait même pas pris la peine de lire le titre inscris au feutre neutre sur la boîte en carton.
" Mamiiiiiiiie ?!!!!"
Pas de réponse. Le petit garçon referma la porte d'entrée avec précaution et jeta un coup d'oeil dans la cuisine et la salle à manger. Personne.
" Y'a quelqu'uuuuunnnn ?!!! insista-t-il."
Silence. Tommy, ravie de se retrouver seul dans la maison, sauta de joua, exécuta une petite pirouette puis se précipita vers le magnétoscope. Ses grands-parents ou Frenchie n'allait peut-être pas tarder à rentrer. Il fallait donc qu'il se presse pour regarder le contenu de la vidéo.
Il alluma la télévision, puis introduisit la cassette dans le magnétoscope. La lecture se fit automatiquement. Avant que l'appareil n'avale la vidéo, le petit garçon eut le temps de lire sur la boîte le titre du film : "Nuit et Brouillard".
Ses yeux s'immobilisèrent sur l'écran de la télévision, comme hypnotisés par les premières images qu'ils voyaient, sans que son esprit parvienne à les comprendre. Puis son regard rempli de curiosité se figea soudain. Ses pupilles se dilatèrent. Ses oreilles ne parvenaient plus à percevoir les sons. La bouche de Tommy s'ouvrit en un grand cri muet.

Au même instant, dans l'épicerie de le rue principale de Greytown, Gabrielle ressentit une violente douleur au niveau de la nuque, si violente qu'elle manqua perdre connaissance. Elle s'aggrippa au bras de Mrs Hanlow, qu'elle avait accompagné pour ses courses, et marmonna : "Il est arrivé quelque chose à Tommy."

Base de Cheyenne Mountain, salle de briefing.

Samantha tapotait nerveusement le rebord de la table, tendue. Daniel face à elle relisait pour le énième fois ses notes, tandis que le professeur Lefebvre observait le plafond d'un air très absorbé. Teal'c était assis à ses côtés, les yeux fixes, le regard lointain.
Tous les quatre avaient été convoqués dans la salle de briefing par O'Neill, mais celui-ci tardait à venir. "S'il est si en retard, cela ne doit pas être très grave", tentait de se persuader Samantha. Mais elle était nerveuse. Très nerveuse même. Son instinct, qu'elle n'écoutait que rarement, lui soufflait que quelque chose clochait. "Mon Dieu, faites que rien de grave ne soit arrivé..."
Cela faisait près de deux semaines maintenant qu'il n'y avait plus aucune victime à déplorer, tuée par le Fléau. Plus une seule.
O'Neill fit soudain son apparition. Contrairement à son habitude, son visage était grave. Sombre même. Et il semblait las, très las. Le coeur de Samantha se serra. Elle savait ce qu'il se passait avant même qu'il ait ouvert la bouche.
" Un nouveau cas nous a été signalé, annonça-t-il d'une voix morne."
Il y eu un silence.
" La victime est déjà...
- Non, non. On a dépêché sur place une de nos meilleures équipes de spécialistes, mais le résultat est connu d'avance."
O'Neill se frotta les yeux, rompu.
" Jack ? l'appela Samantha, soudain inquiète."
Il avait dû gérer la mort de plus d'une cinquantaine de membres du SGC, sans compter celle des civiles. Mais aucune ne semblait l'avoir autant affecté que celle-ci.
" C'était un gosse, nom de Dieu ! Un gosse de huit ans !"
Durant quelques secondes, Samantha crut qu'il parlait de Charlie... Puis elle se rendit compte qu'il évoquait toujours la nouvelle victime du Fléau.
" A quel stade en est-il ? s'enquit Daniel pour rompre le nouveau silence qui s'était installé.
- Coma profond depuis une heure."
Il poussa un profond soupir, tandis que Daniel ôtait ses lunettes pour se frotter les yeux à son tour. "Avoir sauver une dizaine de fois la planète et ne rien pouvoir faire pour un môme de huit ans, pensa-t-il au bord de la crise de nerf. Quelle ironie !"
" Où est-ce cette fois-ci ? demanda Samantha, sans vraiment trouver d'intérêt à sa question.
- Ici, en Amérique, dans le Montana. Un bled coupé de tout, du nom de Greytown."
Le professeur Lefèbvre eut un violent hoquet de surprise.
" Qu'est-ce que vous avez dit ?
- J'ai dit que c'était dans le Montana.
- Le nom de cette ville ?
- Greytown, mais pourqu..."
O'Neill n'eut pas le temps d'achever sa phrase. Le Français éclata de rire, un rire suraigu, désagréable. Un rire de dément.
" Qu'y a-t-il de drôle ? s'empourpra O'Neill, la voix tremblante de colère. Vous trouvez amusante la mort d'un enfant ?!
- N... Non... Je... C'est... Ah ah ah... Bon sang qui... aurait... cru... Ah aha ah !"
O'Neill se leva d'un bond de son fauteuil et se précipita sur Lefèbvre, les yeux lançant des éclairs, la veine de sa tempe gonflée, signe d'une violente fureur. Il voulut attraper le Français par le col, mais Daniel et Teal'c furent sur lui avant même qu'il ait pu le toucher. Il bouillait de rage.
" LAISSEZ MOI LUI REMETTRE LES IDEES EN PLACE A CE CINGLE DE FRANCAIS !!! LÂCHEZ-MOI !!! C'EST UN ORDRE !!!
- JACK, CELA SUFFIT !!!
- O'NEILL !!! CALMEZ-VOUS O'NEILL !!!"
La vue de cette mêlée et de la colère noire du général sembla faire reprendre ses esprits à Lefebvre. Il recula de plusieurs pas, maus buta contre Samantha qui avait contournée le bureau et s'était rapprochée de lui, au cas où Daniel et Teal'c n'aurait pas réussi à l'immobiliser. Elle, il ne la toucherait pas, elle le savait.
" Je... je...je suis désolé, général O'Neill, bafouilla le professeur, visiblement horrifié par son comportement et celui du militaire."
Semblant s'être calmé, Daniel et Teal'c relâchèrent leur étreinte sur O'Neill. Celui-ci leur jeta un coup d'oeil meurtrier, puis revint sur Lefebvre.
" Alors je peux savoir ce qui vous a pris ?*
- C'est cette ville... Greytown... Dire qu'on ne savait pas où chercher alors que la solution était toute simple..."
Le front du militaire se plissa, signe d'un profond mécontentement.
" Je vous demande pardon ?
- Eh bien oui... Greytown... la ville grise..."
Le pauvre Français lança un regard désespéré en direction de Daniel et Teal'c. Le visage de Daniel se figea, puis s'illumina.
" Bon sang, mais c'est bien sûr !
- Vous avez tous pété un câble ?! s'inquiéta O'Neill en fixant Daniel. Rassurez-moi, Carter, vous vous sentez bien vous au moins ?
- Jack... Dans l'un des quatrains de Nostradamus...
- Eh ça vous reprend !
- Il est question d'une ville grise, continua Daniel imperturbable, tant son excitation était grande. Une... La... la chose dont fait mention la prédiction se trouverait cachée là-bas !
- Tout ce qu'il y a là-bas, c'est un enfant en train de mourir.
- Et peut-être aussi la solution pour le sauver, termina Samantha."
O'Neill la fixa à son tour, l'air soudain complètement dépassé.
"Je croyais que vous n'y croyiez pas vraiment, Sam.
- Etant donné les circonstances, je suis prête à croire à tout, mon général. Il y a déjà trop de personnes et d'enfants qui ont souffert de ce Fléau. Nous devons tout tenter. D'autant qu'étant donné la conjoncture actuelle au Pentagone, nous n'en aurons peut-être bientôt plus l'occasion."
O'Neill les considéra lentement tous les quatre.
"Très bien. Je vous donne l'ordre d'enquêter là-bas, mais en toute discrétion ! Je déteste la paperasse administrative..."

Greytown, Montana, maison des Hanlow.

Tommy était allongé dans son lit, le visage cireux, les lèvres pâles, les yeux clos. Un masque à oxygène était posé sur sa bouche et son nez, tandis qu'un appareil médical installé à côté de lui enregistrait toute les secondes les battements de son coeur. Une dizaine de médecins et d'infirmiers s'activaient autour de lui. Cela faisait déjà quatre heures que les premiers symptômes étaient survenus, et deux heures que le garçonnet avait plongé dans un profond coma.
" Mon Dieu, sauvez-le, je vous en prie... Laissez-le vivre, seigneur... Ce n'est qu'un enfant..., sanglotait Mrs Hanlow en tenant dans sa main rugueuse et toute ridée la menotte de son petit-fils."
Mr Hanlow avait préféré rester dans le salon. Il ne voulait pas assister à la mort de son petit-fils. Il ne pouvait pas. Il ne comprenait pas.
" Mr Hanlow ?"
Le vieil homme leva lentement les yeux vers Gabrielle. Il pleurait, mais son regard était vide de tout sentiment. Ou bien trop d'émotions s'y mêlaient, la jeune fille ne parvenait pas à trancher.
" Tommy regardait la télévision quand nous l'avons trouvé, commença-t-elle par dire avec son habituel accent. Puis-je voir ce qu'il..."
Il haussa les épaules, indifférent. Qu'est-ce que cela pouvait bien faire ? Elle n'ajouta rien et s'approcha du téléviseur. Elle examina d'abord la boîte, mais ne vit rien de particulier, puis appuya sur le bouton EJECT du magnétoscope.
On sonna à cet instant à la porte. Machinalement, sans trop savoir ce qu'il faisait, il demanda à Gabrielle d'ouvrir. C'était son habitude. Lorsque l'esprit était absent, c'était ainsi que fonctionnait l'être humain. Par habitude.
" Bonsoir, nous faisons partie du SGC..."
Gabrielle ne répondit pas, mais ouvrit le porte en grand pour leur livrer passage. Elle en profita pour les observer un à un. La jeune femme qui s'était présenté était de taille moyenne, blonde, très belle malgré son uniforme militaire. Elle était accompagnée de trois hommes. Le premier ressemblait davantage à un chercheur qu'à un militaire avec ses lunettes et sa barbe mal rasé. Elle se fit la même réflexion en voyant le troisième, de race noire cette fois-ci. Enfin le quatrième avait tout du militaire avec sa musculature impressionante, sa démarche volontaire et son visage blasé.
" Colonel Samantha Carter, docteur Daniel Jackson, professeur Lefebvre et Teal'c, se présenta Samantha. Nous sommes chargés d'une enquête concernant l'infection de votre enfant."
Gabrielle la fixa, surprise, et répondit machinalement, sans se méfier :
"Tommy n'est pas mon enfant. C'est le petit-fils de Mr Hanlow."
Elle accompagna ses paroles d'un geste en direction du vieil homme qui était resté immobile dans son fauteuil.
Daniel et le professeur Lefebvre tiquèrent immédiatement en entendant l'accent très prononcé de la jeune fille, et celle-ci s'en apperçut.
" Vous n'êtes pas américaine.
- Bien vu, répondit Gabrielle à l'archéologue en le regardant droit dans les yeux. Je suis française."
Les quatre membres du SGC se jetèrent des regards entendus, mais n'ajoutèrent rien d'autre, ce qui mit la jeune fille mal à l'aise. Qu'est-ce que cela voulait dire ?
" Tommy est au premier, si vous voulez le voir, ajouta-t-elle pour changer de sujet. Et il est au plus mal."
Fort accent, mais elle avait appris à bien s'exprimer en anglais. Elle n'avait pas vraiment eu le choix.
" Je vais monter voir dans quel état se trouve l'enfant, dit Sam en s'adressant à ses compagnons. Vous n'avez qu'à rester ici... et vous renseigner sur les circonstances de... enfin de l'accident."
Elle jeta un dernier regard appuyé à Gabrielle, puis disparut par les escaliers.
" Qui a découvert Tommy dans... enfin dans cet état ?"
C'était le chercheur noir qui avait parlé. Avec aussi un très fort accent français. Entendre une autre personne parler de cette façon la fit sourire. Le docteur Jackson sembla recevoir à cet instant un violent coup de poing dans le ventre, car il pâlit horriblement.
" Vous vous sentez bien, Daniel Jackson ? s'inquiéta Teal'c qui avait également remarqué le teint pâle de son ami."
L'archéologue hocha la tête sans dire un mot.
" Nous rentrions de course avec Mrs Hanlow lorsque nous avons trouvé Tommy. Il était allongé sur le sol, juste ici, devant la télé. Et il commençait à être pris de convulsion. Nous l'avons maintenu au sol jusqu'à la fin de la crise, puis Mrs Hanlow a appelé un médecin."
Elle avait raconté cela d'un ton neutre, mais ferme.
" Cela arrive souvent qu'il se retrouve seul, ici ?
- Nous nous occupions parfaitement de notre petit-fils, si c'est ce que vous voulez savoir !!!! rugit soudain Mr Hanlow en bondissant de son fauteuil. Nous nous...
- Calmez-vous, Mr Hanlow. S'il vous plaît..., supplia la jeune française en prenant le vieil homme par les épaules et en tentant de le faire asseoir. Il y a déjà assez de Tommy... Pensez à votre coeur..."
A contre-coeur, il regagna son fauteuil, mais foudroya du regard ses trois visiteurs.
" Il était censé être à la bibliothèque cette après-midi, reprit Gabrielle en ramassant un coussin qui était tombé du fauteuil. Apparemment il en avait ramené une cassette et il l'avait visionné quand nous sommes revenues, parce qu'elle était en train de se rembobiner automatiquement.
- Une cassette ?
- J'allais justement la regarder. Là, elle est sur la commode près du téléviseur."
Daniel traversa le salon et examina la vidéo.
" Nuit et Brouillard, gromela-t-il.
- QUOI ?!!!"
La jeune fille s'était relevée précipitemment en poussant son cri. Son visage perdit instantanément ses couleurs, et ses yeux fixaient la vidéo avec une répulsion mêlée d'angoisse.
" Qu'est-ce que c'est que cette vidéo ? s'enquit Teal'c, sentant bien le malaise que le titre de la cassette avait provoqué.
- C'est, expliqua Daniel sans quitter des yeux la jeune fille. C'est un film-documentaire composé uniquement d'images d'archives des camps de concentration découverts en Europe à la fin de la Seconde Guerre mondiale... Des images très dures à supporter en vérité...
- UNE ABOMINATION VOUS VOULEZ DIRE !!!"
Second cri de la jeune Française.
" Comment a-t-il pu mettre la main sur cette horreur ? murmura Mr Hanlow en se prenant le visage entre les mains. Mon dieu, la dernière chose que mon petit-fils aura vu de ce monde sera ces images monstrueuses... non... non... non."
Et il se mit de nouveau à sangloter. Le voir ainsi rappela à Gabrielle la propre mort de sa soeur. Son père aussi avait pleuré. Pas sa mère. Elle était restée auprès de son enfant à prier jusqu'au bout. Comme Mrs Hanlow. Puis ça avait été presque immédiatement le tour de sa mère, puis de son père. Et elle sut que c'est ce qui arriverait au couple de retraités qui l'avait accueillie si Tommy mourrait. Et cela, il n'en était pas question.
Alors Gabrielle regarda Mr Hanlow dans les yeux, en s'agenouillant face à lui, et murmura : "Il faut aller parler à Tommy."

Maison des Hanlow, Greytown, Montana.

Gabrielle entra dans la chambre du petit garçon en compagnie de Mr Hanlow et de SG1. Samantha se trouvait près de la grand-mère du garçon, et examinait d'un oeil soucieux son état. Le visage du garçonnet était pâle. très pâle.
"On croirait qu'il est mort, murmura le vieil homme en tremblant de la tête au pied.
- Il ne l'est pas... Pas encore. Mais cela pourrait arriver si nous n'agissons pas tout de suite."
Samantha releva la tête et les observa.
"Il n'y a rien à faire, lâcha-t-elle soudain. Nous n'avons aucun vaccin, ni aucun autre moyen médical de le soigner.
- Il n'y a pas de remède médical à ce mal, tout simplement parce qu'il ne s'agit pas d'une maladie, annonça Gabrielle avec un tel applomb que la grand-mère de Tommy, que jusqu'ici rien n'avait pu sortir de ses prières, leva les yeux vers la Française.
- Alors dans ce cas, de quoi souffre-t-il ? demanda Teal'c avec gravité.
- D'intrusions mentales... Enfin c'est comme ça que je l'appelle."
Devant l'air perplexe des personnes présentes dans la chambre, Gabrielle sut que si elle devait soigner Tommy, elle devait avant tout expliquer aux autres de quoi il retournait.
" La plupart des médecins s'accordent pour dire que le mental gouverne pas moins de 80% de notre santé. Je suis assez d'accord avec ce chiffre. Persuader un homme qu'il est atteint d'un certain type de maladie, et il le deviendra. Certes pas dans un état aussi grave que s'il était véritablement infecté, mais il le sera malgré tout.
Ces médecins ont également noté que l'état psychique d'un patient pouvait jouer sur sa santé : un homme dépressif aura une santé
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